Gazole à 10 € : Quand la dette fait le plein
L'ingéniosité fiscale n'a plus de limites. Votre plein, si.
1er avril 2026 — Communiqué du ministère des Comptes publics

*Le gouvernement a engagé ce matin sa responsabilité par 49.3 sur le projet de loi de finances rectificative « Souveraineté budgétaire 2026-2031 ». Mesure unique, radicale, historique : le litre de gazole passe à 10 euros dès le 15 avril, via l’instauration d’une « Contribution Exceptionnelle de Résorption de la Dette » (CERD), taxée à 1 233 % du prix hors taxe du carburant. L’objectif affiché : éponger l’intégralité des 3 500 milliards d’euros de dette publique.
« Nous avons fait nos calculs », a assuré le ministre délégué aux Comptes publics, visiblement satisfait de sa calculatrice. À raison de 32 milliards de litres consommés chaque année et d’une recette estimée à 296 milliards d’euros par an, il faudra en réalité douze ans pour solder la facture. Le ministre avait d’abord promis cinq ans, mais le Conseil d’État a jugé le tarif correspondant — 22,60 € le litre, soit une TVA à 2 917 % — « manifestement disproportionné au regard du droit de propriété des automobilistes ». Le gouvernement a donc « fait un geste ». Douze ans au lieu de cinq. La France est magnanime.
Fait sans précédent sous la Ve République : aucun groupe parlementaire n’a déposé de motion de censure.
Les écologistes ont salué « un signal-prix enfin à la hauteur de l’urgence climatique », regrettant seulement que le kérosène des jets privés ait été épargné. La France Insoumise a qualifié la mesure de « timide » et annoncé une contre-proposition à 45 euros le litre, intégralement redistribuée en bons alimentaires bio et en abonnements TER. Le MoDem a solennellement appelé au sens des responsabilités : « Il est temps que nos citoyens comprennent que c’est la seule solution pour permettre de garder le train de vie du gouvernement. » Silence glacial dans l’hémicycle. « … de la Nation », a-t-il corrigé après trois secondes de flottement. Applaudissements polis ; personne n’a été dupe. Les Républicains, de leur côté, auraient préféré une taxe sur l’éolien. Le Rassemblement National a « condamné le principe, la forme et le calendrier » avant de renoncer à déposer une motion de censure, le formulaire CERFA correspondant n’étant pas disponible en ligne.
Le texte prévoit par ailleurs quelques mesures d’accompagnement : l’interdiction de la bicyclette sur les routes nationales, jugée « fiscalement improductive » ; la création d’un « Livret G » (G pour Gazole), produit d’épargne défiscalisé dont le rendement sera indexé sur le prix à la pompe ; et un crédit d’impôt de 15 euros par foyer fiscal pour « compenser l’effort patriotique », utilisable exclusivement en timbres fiscaux.
Le collectif des Gilets Jaunes a d’ores et déjà annoncé l’occupation de l’ensemble des ronds-points du territoire « pour une durée indéterminée, mais probablement inférieure à douze ans ». La Confédération nationale des buralistes, quant à elle, s’est dite « prudemment optimiste », anticipant une hausse significative des ventes de café et de calmants aux abords des stations-service.
Nous reviendrons bien entendu sur les développements de cette affaire dans nos prochaines éditions, si tant est que nous puissions encore nous rendre à la rédaction.
Pierre - Chroniques en Marge
Pour les inadaptés lucides

