La Bourgogne-Franche-Comté m'accueille depuis 2014. Cinquante ans de carrière traversant les mainframes, l’aviation, la banque, puis seize ans à restaurer des montres mécaniques. Partout, le même fil rouge : une obsession pour la précision, la clarté, la logique binaire.
Et puis il y a la France.
Pas la France des cartes postales ou des clichés. La France administrative. Celle des formulaires Cerfa, des procédures SAFER, des notaires qui transforment une vente immobilière en parcours du combattant kafkaïen. Celle où demander une information simple déclenche un labyrinthe de renvois circulaires.
Je suis en colère, oui. Mais cette colère instinctive est devenue source de fascination.
Fasciné par ce fossé entre deux logiques irréconciliables : celle de ma formation (si A, alors B, sinon C) et celle d’un système qui semble cultiver l’opacité comme une vertu. Quand on a passé des décennies à programmer des systèmes bancaires, à former des pilotes, à régler des échappements au micron près, on développe une allergie viscérale au flou, au « ça dépend », au « c’est compliqué ».
Je me sens extraterrestre. Pas par supériorité, par inadéquation structurelle.
Et je soupçonne que je ne suis pas seul.
Ce que vous trouverez ici
Des chroniques de l’inadéquation. Des observations depuis cette position inconfortable : l’œil extérieur qui voit l’absurde mais doit pourtant naviguer dedans. L’esprit cartésien coincé dans le chaos latin.
Je parlerai de bureaucratie, oui. Mais aussi de culture, d’exil intérieur, de ce que signifie exiger la clarté dans un monde qui la fuit. De photographie, de construction (j’ai documenté seize mois de chantier pour ma maison en bois), de vie rurale bourguignonne vue avec des yeux suisses.
J’écrirai :
Des essais lucides, parfois acides
Des observations précises sur l’incohérence quotidienne
Des tentatives de comprendre pourquoi deux logiques culturelles ne peuvent pas se parler
Je n’écrirai pas :
De la complainte résignée
Du France-bashing facile
Pour qui j’écris
Pour vous qui vous êtes déjà dit : « Mais c’est moi le problème, ou c’est vraiment absurde ? »
Pour les expatriés coincés entre deux mondes. Les esprits analytiques noyés dans l’opacité. Les techniciens confrontés à l’approximation institutionnelle. Les inadaptés lucides qui refusent de se résigner.
Pour ceux qui cherchent non pas des solutions (il n’y en a souvent pas) mais une validation : non, vous n’êtes pas fou. Oui, c’est vraiment incohérent. Et oui, on peut le documenter avec rigueur.
Un mot sur ma légitimité
Je n’en ai aucune. Et c’est justement le point.
Je ne suis ni sociologue, ni politologue, ni expert ès France. Je suis un retraité qui a traversé un demi-siècle de révolutions technologiques sans jamais perdre son exigence de précision. J’ai choisi l’exil économique en Bourgogne, et qui observe désormais à temps plein ce territoire d’adoption.
Ma seule qualification : cinquante ans à exiger que les choses fonctionnent. Que le code compile. Que l’avion décolle. Que l’échappement batte régulièrement. Que la construction respecte les plans.
Quand vous passez un demi-siècle dans des univers où l’erreur se paie immédiatement (crash système, incident de vol, montre qui s’arrête), vous développez un radar pour le dysfonctionnement. Même administratif.
La retraite m’a donné quelque chose de précieux : le temps d’observer, de documenter, d’analyser. Et surtout, le recul nécessaire pour transformer la frustration quotidienne en matière à réflexion.
La promesse
Des publications parfois hebdomadaires, parfois irrégulomadaires. Des essais quand la réflexion est mûre. Pas de calendrier rigide, juste de l’exigence.
Des notes brèves quand l’absurde frappe. Aucune complaisance, aucune résignation, aucune superficialité.
De la lucidité sans cynisme. De l’exigence sans mépris. Du Baudelaire plus que du pamphlet.
Si vous aussi vous vous sentez en marge dans votre propre pays, bienvenue.
Nous sommes plus nombreux qu’on ne croit.
—Pierre
Pour les inadaptés lucides


